Un nouveau joyau du « couch gaming »
Split Fiction, nouvelle pierre angulaire du « couch gaming », s’inscrit dans la lignée des expériences collaboratives initiées par It Takes Two. Développé par Hazelight Studios, ce jeu est disponible sur PC, PS5 et Xbox Series depuis le 6 mars 2025. À l’instar des précédents titres des Suédois de Hazelight studios – les excellents A Way Out (2018) et It Takes Two (2021) – Split Fiction est une aventure qui se vit à deux, depuis le même canapé ou à distance grâce au Pass ami (qui permet de partager le jeu gratuitement avec un acolyte ne possédant pas le titre).
Au cours des chapitres inauguraux, Mio et Zoé ne font vraiment que très peu de rencontres marquantes, mais évoluent au sein de paysages impressionnants, imprégnés des univers de Dune et Blade Runner, avant d’être catapultées dans des bourgades fantastiques peuplées de trolls enragés, prompts à les réduire en miettes au moindre faux pas.
Un gameplay innovant et varié
La force de Split Fiction réside finalement en deux axes : sa capacité à vous surprendre jusqu’à sa conclusion et son absence de boucle de gameplay, un concept qui n’est pas familier à Fares : « Cela n’existe pas. Il n’y a pas de boucle de gameplay parce que je crois que dans nos jeux, le rythme est important. Le rythme comprend la façon dont la mécanique change tout le temps. C’est pourquoi nous avons toujours de nouveaux mécanismes. Cela dit, c’est aussi l’un des défis les plus difficiles à relever, parce qu’il y a tellement de mécanismes différents ».
Là où Hazelight Studios impressionne une fois de plus, c’est que Split Fiction est maîtrisé dans ses moindres détails. Tout est fait pour qu’aucun des deux joueurs ne soit lésé par rapport à l’autre. Partant du principe que, dans un duo, l’un sera plus expérimenté que l’autre, le studio s’est efforcé de trouver le juste équilibre en toute chose. L’aventure dispose d’un rythme parfait (jamais un seul temps mort) et construit une difficulté tangible, mais jamais punitive ou décourageante.
Split Fiction prend alors la forme d’un pur jeu d’aventure. On y retrouve le gameplay très accessible d’It Takes Two au mapping près : on court, on sprinte, on dash en un clin d’œil, avec cette fois-ci un accent mis sur le parkour avec la possibilité de faire des courses murales, de sauter d’un point à l’autre, d’utiliser un grappin ou d’escalader des poteaux quand l’occasion s’y prête (et c’est souvent), avec un effort de fait sur les animations.
Des courses en chute libre sur le sable, des vols à dos de dragon, des séquences de fuite à moto et des énigmes défiant les lois de la gravité s’enchaînent dans une spirale vertigineuse de divertissement constant. On ne peut également omettre la montagne d’hommages à d’autres univers vidéoludiques : Mega Man, Donkey Kong et leurs homologues semblent servir de substrat à des niveaux oscillant entre 3D et 2,5D, jouant avec les perspectives et les changements de cadre avec une intelligence époustouflante.
Pour être honnête, nous partions confiants, mais aussi un peu inquiets d’avoir un doublon (même ultra-maîtrisé) d’It Takes Two dans un univers simplement plus mature. Alors oui, les deux sont évidemment très comparables, mais Split Fiction s’avère encore plus généreux, ose aller plus loin, propose plus de difficulté et de challenge et finit clairement par nous avoir à force de propositions farfelues et de concepts variés.
Des graphismes époustouflants
À travers un écran splitée, dont la fusion ponctuelle autorise de somptueux panoramas qui témoignent d’une direction artistique une fois encore éclatante, un tandem de joueurs doit orchestrer ses actions afin de mener à bien une mission commune.
C’est simple : on ne voit pas l’horloge tourner devant la quinzaine d’heures de jeu proposées par Split Fiction. Le tout est servi par une histoire captivante (bien qu’un brin prévisible par moments), une direction artistique soignée et, surtout, un sens du rythme dosé avec maestria.
Les décors style Blade Runner sont hallucinants. Le monde de fantasy créée par Mio est franchement plus engageant que l’univers dystopique de Zoe.
Une histoire d’amitié et de créativité
Celle dévolue à Split Fiction met en scène Mio et Zoé, deux romancières aux tempéraments diamétralement opposés, aspirant à concrétiser leur première opportunité éditoriale auprès d’une maison dirigée par un directeur au charisme défaillant, dont l’unique dessein consiste réellement à s’approprier leurs idées créatives en les extrayant littéralement de leur esprit, le connectant à de menaçantes machines de simulation. Réunies par un malheureux destin et une technologie capricieuse, les protagonistes sont toutes deux projetées dans leurs univers oniriques respectifs, l’une vouant un culte à la fantasy, l’autre à la science-fiction, augurant une dualité qui enrichit d’ores et déjà la substance du jeu.
L’intrigue, bien que suffisamment engageante et pouvant faire écho à nos problématiques sociétales actuelles avec l’intelligence artificielle, se révèle somme toute convenue, et se devine jusque dans sa conclusion, servant principalement l’ambitieux défi de permettre aux joueurs de communiquer en toute liberté sans s’embarrasser de surcouches de dialogues, tout en assurant leur bonne compréhension du récit. Le jeu embrasse une thématique universelle traitée de façon très classique : l’amitié.
Côté scénario, on retrouve une fois de plus (comme chez It Takes Two et A Way Out) des personnages assez caricaturaux et une intrigue qui flirte avec le téléfilm de Noël. Malgré tout, ici encore Split Fiction sait surprendre sur le long terme. Bien que le jeu assume un récit extrêmement candide et risible dans ses enjeux, il parvient à saisir ses protagonistes avec moins de cynisme qu’attendu et à nous les faire apprécier. On aura même droit à quelques séquences assez touchantes (surtout dans le dernier acte), ce qui manquait à It Takes Two.
Si on y ajoute les nombreuses références au jeu vidéo et au cinéma (dans un festival de fan service très réjouissant) qui jalonnent cette géniale odyssée (Dune, Tron, Metroid, Dark Souls, Harry Potter, Megaman, Akira, Blade Runner… impossible de tout citer), il devient difficile de bouder son plaisir. Surtout quand Josef Fares fait ici sa plus sincère déclaration d’amour à la créativité doublée d’un pamphlet anti-IA générative.
Une durée de vie généreuse
L’expérience complète s’étend sur une vingtaine d’heures, une durée de vie substantielle, modulable en fonction du temps accordé aux douze « histoires annexes », des à-côtés que vous ne voudrez probablement pas manquer car si elles sont bien anecdotiques pour le déroulé de l’histoire principale, elle n’en demeurent pas moins des vignettes ludiques d’une inventivité remarquable, qu’il serait regrettable de négliger.
Pour le coup, on parle d’un jeu qui dure une bonne douzaine d’heures, alors tenez-le-vous pour dit. C’est simple : on ne voit pas l’horloge tourner devant la quinzaine d’heures de jeu proposées par Split Fiction.
Conclusion
Split Fiction s’impose comme une expérience coopérative exceptionnelle, fidèle à la promesse d’un créateur qui n’a jamais manqué de confiance dans son projet, à raison. Si l’intrigue demeure relativement classique, elle n’est réellement là que pour servir un gameplay qui se révèle d’une inventivité et d’une intensité remarquables. Hazelight parvient à renouveler sans cesse l’expérience, offrant une multitude de situations aux idées folles et de séquences mémorables. Le jeu brille par son rythme effréné, son absence de boucle de gameplay et sa capacité à surprendre le joueur jusqu’à la fin. Split Fiction constitue un véritable tour de force technique et artistique, où la direction artistique éclatante et la conception des niveaux ingénieuse se conjuguent pour offrir un très grand spectacle ludique et immersif.
Avec Split Fiction, Hazelight Studios confirme sa position de maître incontesté du jeu coopératif, dépassant même le déjà excellent It Takes Two par sa générosité, son audace et sa créativité débordante.
Notes des joueurs
Avis des joueurs
Divertissant mais perfectible
Split Fiction est une excellente expérience coopérative que j’ai partagée avec une amie grâce au Pass ami. Les mécaniques de jeu constamment renouvelées et la direction artistique sublime (particulièrement les décors inspirés de Blade Runner) m’ont conquise. J’ai adoré les clins d’œil à Mega Man et Metroid. Seuls bémols : certains combats de boss interminables et une histoire un peu convenue. Malgré tout, ce jeu repousse vraiment les limites du genre et prouve que le « couch gaming » a encore de beaux jours devant lui.
Une aventure inoubliable entre amis
Après avoir adoré It Takes Two, j’attendais avec impatience la nouvelle création de Josef Fares et son équipe. Et quelle claque ! Split Fiction surpasse même son prédécesseur à tous les niveaux. J’ai joué l’intégralité du jeu avec mon frère et nous avons été constamment émerveillés par la créativité débordante des développeurs.
Le mélange des univers science-fiction et fantasy fonctionne à merveille, avec des références cinématographiques et vidéoludiques qui m’ont fait sourire à chaque coin de niveau. Les décors inspirés de Blade Runner et Dune sont tout simplement époustouflants ! Le gameplay est d’une richesse folle, renouvelé constamment pour ne jamais laisser place à l’ennui. Un coup on pilote un dragon, l’autre on fait du parkour dans des environnements à la gravité modifiée.
La difficulté est parfaitement dosée pour que les deux joueurs s’amusent, même avec des niveaux d’expérience différents. Les 15 heures de jeu sont passées en un éclair. Seul petit bémol : l’histoire reste assez prévisible, mais c’est largement compensé par tout le reste. Un indispensable pour les amateurs de jeux coopératifs !