Introduction au jeu
South of Midnight est le troisième jeu développé par Compulsion Games, studio canadien connu pour Contrast (2013) et We Happy Few (2018), deux titres aux directions artistiques marquées et aux univers intéressants. Le studio a été racheté par Microsoft en 2018 dans le cadre de sa stratégie d’acquisition d’exclusivités pour concurrencer PlayStation. Après sept ans de développement, Compulsion Games livre enfin South of Midnight, un jeu qui porte indéniablement la signature du studio à travers un univers original et des thèmes surprenants.
Histoire
L’histoire nous plonge dans la vie d’Hazel Flood, une adolescente vivant seule avec sa mère dans la ville fictive de Prospero. Située dans une région inspirée de la Louisiane, avec ses bayous caractéristiques, ses paysages sauvages, son jazz omniprésent et ses traditions vaudoues, l’ambiance du Sud profond des États-Unis est parfaitement restituée dès les premières minutes de jeu.
Sous ses apparences de jeu à l’esthétique séduisante ressemblant à un film d’animation en stop-motion, South of Midnight aborde des thèmes étonnamment lourds : pauvreté, isolement, abandon, exploitation, maltraitance infantile et esclavagisme. Ces sujets sont habilement enveloppés dans un folklore fantasmagorique peuplé de créatures mystiques et de légendes locales, utilisant métaphores et analogies pour représenter les traumatismes vécus. La maison d’Hazel emportée par un torrent avec sa mère encore à l’intérieur symbolise le début d’une quête d’identité pour cette jeune fille déboussolée, qui va explorer son passé et celui d’autres familles, avec en toile de fond une référence à l’ouragan Katrina qui a dévasté la Louisiane en 2005.
On peut reprocher au jeu de vouloir aborder trop de thématiques simultanément et de suivre trop d’histoires parallèles, avec une intrigue principale assez prévisible dont l’antagoniste se devine rapidement. Cela a pour effet de diluer le récit malgré la qualité de sa présentation.
Graphismes
La force visuelle de South of Midnight est indéniable et représente clairement la priorité budgétaire du studio. Le choix d’un rendu en stop-motion, tant dans les cinématiques que pendant les phases de gameplay, évoque le style des films d’animation d’Aardman (créateurs de Wallace & Gromit). Si ce parti pris peut initialement donner l’impression d’un jeu qui saccade, South of Midnight est en réalité techniquement stable et solide.
Le titre affiche des graphismes de très haute qualité avec des textures d’un niveau rarement vu dans un jeu vidéo. L’attention portée aux objets dans les décors intérieurs témoigne d’un soin extrême apporté à chaque élément modélisé. Le jeu offre des moments visuellement euphorisants, avec des jeux de lumière impressionnants et de nombreux panoramas saisissants. Les développeurs ont su exploiter les différents moments de la journée pour créer des ambiances variées, jusque dans la représentation des personnages et des créatures.
Gameplay
Malheureusement, c’est dans son gameplay que South of Midnight déçoit. Le jeu souffre d’une structure beaucoup trop linéaire et dirigiste pour une sortie de 2025. Les niveaux suivent un schéma très classique où l’on découvre les environnements à travers des phases de plateforme utilisant les diverses capacités d’Hazel : double-saut, course murale, paravoile pour planer brièvement, grappin, et la possibilité d’invoquer une poupée pour passer dans les passages étroits.
Les niveaux sont tous construits selon le même modèle, avec des combats qui se déroulent invariablement dans des zones fermées, délimitées par des barrières végétales faisant office de murs invisibles. Les ennemis n’apparaissent que lorsqu’on entre dans ces zones prédéfinies, sans jamais constituer une menace sur le chemin principal.
Le jeu est extrêmement accessible, avec des séquences de plateforme simplifiées où un échec vous replace simplement avant votre chute, sans réelle pénalité. Un système GPS intégré indique constamment le chemin à suivre, comme si les développeurs craignaient que les joueurs se perdent dans des parcours pourtant très linéaires. Même les séquences de course-poursuite avec un nuage noir qui menace de vous engloutir ne génèrent jamais d’angoisse, grâce à des points de contrôle généreusement placés.
Côté combat, hormis quelques affrontements plus difficiles avec des ennemis de base étonnamment agressifs (en contraste avec la facilité générale du jeu), les boss affichent des patterns simplistes et facilement prévisibles. La diversité des adversaires est également décevante, avec seulement 5 ou 6 types d’ennemis différents sur les quinze heures nécessaires pour terminer l’aventure.
Le système de combat permet tout de même quelques combinaisons intéressantes grâce aux différents pouvoirs qu’Hazel acquiert : repousser un ennemi, l’attirer vers soi, l’engluer, lui sauter dessus, le tout accompagné de combos qui permettent parfois d’enchaîner les éliminations avec style. Mais ce schéma se répète inlassablement tout au long de l’aventure, nuisant à l’expérience globale. On a l’impression de jouer à un jeu d’action-aventure avec une structure datant des années 2005.
Audio et musique
Le doublage, que ce soit en version originale ou française, contribue à la qualité du récit, soutenu par une remarquable bande originale composée par Olivier Derivière. Son travail sur South of Midnight se démarque de ses précédentes compositions en s’inspirant des styles musicaux du Sud profond des États-Unis : jazz, blues, folk et gospel.
L’identité musicale de la région est représentée avec justesse, avec certains passages intégrant des paroles chantées qui font écho à la situation du moment ou à l’histoire des créatures affrontées. Cette réussite musicale est peut-être ce qui sauve South of Midnight de sa banalité générale.
Verdict
South of Midnight incarne parfaitement le paradoxe de Compulsion Games : des idées originales, un univers captivant et une direction artistique exceptionnelle, mais un gameplay qui peine à suivre. Le titre brille par sa beauté visuelle et son ambiance sonore, tout en décrochant sur les mécaniques de jeu trop conventionnelles et répétitives.
Les amateurs d’univers originaux et d’esthétique soignée y trouveront leur compte, surtout si le jeu est accessible via le Game Pass. Pour les autres, South of Midnight restera un bel écrin visuel abritant un jeu d’action-aventure sans grande profondeur ludique, qui n’ose jamais sortir de sa zone de confort.
Notes des joueurs
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