À la découverte de Velvet Cove
Lost Records: Bloom & Rage marque le grand retour de DON’T NOD au jeu narratif à choix multiples, développé par sa nouvelle antenne de Montréal. Sorti en deux parties (la « Tape 1: Bloom » le 18 février 2025 et la « Tape 2: Rage » le 15 avril 2025), ce jeu nous place dans la peau de Swann Holloway, une adolescente introvertie et passionnée de cinéma.
L’histoire se déroule sur deux temporalités: l’été 1995, où Swann et ses trois nouvelles amies – Nora, Autumn et Kat – vivent un été inoubliable, et 2022, où les quatre femmes se retrouvent après près de trois décennies de silence pour affronter un terrible secret qu’elles avaient juré d’enterrer. Cette structure narrative rappelle la série Yellowjackets, alternant entre la nostalgie du passé et les révélations troublantes du présent.
Dirigé par les têtes pensantes des deux premiers Life is Strange, Michel Koch et Jean-Luc Cano, Lost Records s’inscrit comme un héritier spirituel de la franchise qui a fait connaître le studio au monde entier, tout en proposant une nouvelle approche centrée sur la dynamique d’un groupe d’amies.
Un gameplay minimaliste mais immersif
Le gameplay de Lost Records reste fidèle à la formule établie par DON’T NOD: exploration, interactions avec l’environnement et choix narratifs qui influenceront le déroulement de l’histoire et les relations entre les personnages. Contrairement aux précédents titres du studio, ici le joueur n’incarne que Swann, permettant un attachement plus profond à son point de vue.
La caméra est l’outil principal du jeu, permettant de filmer l’environnement, les personnages et divers éléments pour créer des « mémoires » thématiques. Don’t Nod a intelligemment implémenté l’utilisation du gyroscope, permettant d’orienter la caméra comme si nous l’avions vraiment en main, renforçant l’immersion. Ce système de caméra sert autant à documenter les lieux qu’à repérer des éléments cachés dans le décor, voire à révéler des phénomènes invisibles à l’œil nu, faisant écho à la dimension surnaturelle du jeu.
Le système de dialogue a également été repensé, offrant la possibilité d’observer l’environnement pour adapter ses réponses et révélant parfois des options supplémentaires si le joueur attend un peu, rendant les échanges plus naturels.
Cependant, l’omniprésence des dialogues et le manque de diversité des interactions peuvent donner une impression de linéarité. Les quelques puzzles environnementaux et mini-jeux ponctuant l’aventure restent trop peu nombreux pour véritablement dynamiser le rythme. Certaines mécaniques introduites plus tardivement, comme les séquences d’infiltration, semblent trop basiques dans leur fonctionnement pour apporter un souffle nouveau à l’expérience globale.
Une esthétique nostalgique des années 90
Sur le plan visuel, Lost Records: Bloom & Rage est une réussite certaine. DON’T NOD Montréal a su créer une identité graphique forte, mêlant réalisme et direction artistique stylisée. Les décors, particulièrement les paysages, sont extrêmement immersifs, baignés d’une lumière chaleureuse dont la palette de couleurs évolue selon l’époque: des tons vifs et saturés pour les années 1990, contrastant avec une ambiance plus sombre et mélancolique dans le présent.
Entre les couchers de soleil éblouissants et les magnifiques décors crépusculaires forestiers sublimés par de jolis effets de lumière, il plane sur ce jeu une ambiance estivale unique, un doux parfum de vacances d’été empli de chaleur, de splendeur et de nostalgie.
Dans la seconde partie du jeu, la direction artistique se transforme radicalement, reflétant les enjeux plus matures et oppressants de l’intrigue. L’ambiance lumineuse et estivale laisse place à des tons froids et à des jeux d’ombres qui amplifient le côté sombre du scénario.
L’esthétique du jeu parlera particulièrement à la génération Y, ces adultes d’aujourd’hui qui ont grandi dans les années 1990. Lost Records regorge de références culturelles: posters de groupes cultes comme Nirvana et The Smashing Pumpkins, cassettes audio à rembobiner au crayon, Tamagotchis, mentions de « Ça » de Stephen King, X-Files et même Sliders: Les Mondes Parallèles.
Néanmoins, le jeu présente quelques lacunes techniques: du clipping, des bugs d’affichage dans les cinématiques et sur l’interface, des problèmes de synchronisation labiale et quelques lignes de dialogue non-doublées en VF. Certaines textures, notamment sur les vêtements des personnages, peuvent parfois manquer de finesse, bien que ces légers problèmes restent anecdotiques.
Une histoire entre nostalgie et mystère
L’intrigue de Lost Records: Bloom & Rage repose sur un mélange de drame, de nostalgie et de mystère. Ce qui est particulièrement réussi, c’est la manière dont la narration met en exergue les états d’âme et préoccupations propres aux adolescents des années 1990, à des années-lumière de l’hyperconnectivité d’aujourd’hui. À cette époque, l’amitié et les expériences se vivaient pleinement dans l’instant.
La première cassette de Lost Records nous repasse le film de cet été 95 avec une intensité qui monte crescendo. Au début, on se croirait dans Les Goonies avec ces jeunes filles qui nouent une amitié unique bientôt renforcée par l’appel de l’aventure, jusqu’à ce qu’un tournant vienne tout bousculer.
Swann est un personnage remarquablement authentique et terre à terre. Introvertie, solitaire, complexée par son physique, timide, elle incarne parfaitement les questions d’identité, d’acceptation et de confiance en soi que se posent beaucoup d’adolescents. La grande force du jeu est qu’il pousse cette quête d’acceptation de soi jusqu’à l’âge adulte.
Malheureusement, la construction de l’histoire peut sembler lente au départ. Sur les 5 ou 6 heures nécessaires pour terminer la première partie, l’intrigue ne devient véritablement captivante que vers la fin. Le rythme est ainsi quelque peu inégal: si la première partie traîne en longueur, la seconde passe presque trop vite.
L’histoire, si elle semble terre à terre au début, prend rapidement un virage vers le surnaturel. Certaines scènes laissent entendre que le secret des héroïnes pourrait dépasser le cadre du simple drame humain, avec des visions troublantes et des phénomènes inexpliqués.
Le jeu se termine sur un cliffhanger qui permet de nombreuses interprétations possibles, ce qui pourrait frustrer certains joueurs tout en attisant la curiosité des autres. Ce dénouement et les nombreuses questions laissées sans réponse suggèrent une volonté des créateurs d’étendre l’univers de Lost Records sur plusieurs jeux ou supports à l’avenir.
Les choix et leurs conséquences
Les choix du joueur ont un impact direct sur le déroulement du récit. Sur deux axes temporels, les décisions prises dans le passé auront des conséquences immédiates sur le récit et le degré d’affinité que Swann développe avec chacune des filles, tandis que les choix dans le présent influeront sur la manière dont elle reconnecte avec ses anciennes amies.
L’écrasante majorité des choix que vous serez amenés à faire impliquera de développer les relations individuelles de Swann avec Kat, Autumn et Nora. Vous pourrez choisir de nouer des liens plus forts avec la fille dont vous vous sentez le plus proche, ce qui confère au jeu une bonne rejouabilité puisque certaines lignes de dialogues et scènes cinématiques n’apparaissent qu’avec un niveau d’affinité suffisant.
Ces décisions sont supposées s’ancrer dans une logique avant tout émotionnelle et psychologique, et influenceront non seulement les relations entre les protagonistes mais aussi l’évolution du récit et la cinématique de fin.
Notes des joueurs
Avis des joueurs
Un retour aux sources nostalgique!
J’ai adoré ce jeu qui m’a rappelé pourquoi j’étais tombé amoureux des premiers Life is Strange. Les personnages sont touchants, l’histoire prenante et l’ambiance années 90 totalement réussie. J’ai eu quelques larmes à la fin, comme pour les précédents jeux de Don’t Nod. Seuls bémols : un gameplay parfois trop basique et une fin qui laisse trop de questions en suspens. Mais l’expérience globale reste superbe!
Une expérience émotionnelle unique
Wow, quelle claque! En tant que personne ayant grandi dans les années 90, ce jeu m’a touché droit au cœur. Swann est probablement le personnage le plus authentique que j’ai vu dans un jeu vidéo depuis longtemps. Les décors sont magnifiques, l’histoire prenante et les personnages incroyablement bien écrits. Les quelques bugs techniques sont vite oubliés face à l’émotion que procure cette aventure. Don’t Nod a réussi à capturer cette période charnière de l’adolescence avec une justesse rare. À ne pas manquer!